Culture. Les amateurs de nouveau en danger ?

21 octobre 2013 - Le Télégramme

Le projet de loi visant à transformer les pratiques culturelles amateurs en activité professionnelle ressortirait-il des cartons ? C'est ce qu'affirme Kevre Breizh. En 2008, ce projet avait été abandonné après une véritable fronde en Bretagne.


Après l'écotaxe routière, l'écotaxe sur les pratiques culturelles amateurs ? Le parallèle est rapide. Ici, il ne s'agit pas de créer une nouvelle taxe mais de considérer toute expression culturelle des amateurs du spectacle vivant comme étant professionnelle. Tout amateur se verrait donc considéré sous ce statut, avec rémunération et contrat de travail. Selon Kevre Breizh, l'amateur aurait droit à trois spectacles avant de devenir professionnel.

« Pré carré des syndicats d'intermittents... »

Le sujet n'était pas celui programmé samedi, lors de la réunion de la coordination des associations culturelles de Bretagne à Carhaix (29). Mais il s'y est imposé naturellement. « Le projet est relancé auprès du ministère de la Culture par les syndicats des intermittents du spectacle. C'est la défense d'un pré carré, d'un corporatisme, une position incompréhensible car beaucoup d'intermittents vivent des pratiques amateurs », fulmine Tangi Louarn, président de Kevre Breizh. « En Bretagne, la pratique artistique amateur fait partie de l'expression populaire, de la diversité culturelle, de la spécificité bretonne. Ce projet conduirait à foutre en l'air tout ce secteur. Faudra-t-il demain un contrat de travail pour chaque musicien d'un bagad ? Pour chaque danseur ou danseuse d'un cercle ? Cela va toucher toutes les fêtes, les festoù-noz, les grands festivals basés sur la participation de non-professionnels, avec des conséquences désastreuses sur la culture, l'économie, le tourisme », ajoute-t-il.

« La Bretagne a assez de problèmes... »

Un premier projet, lancé durant l'été 2008, juste avant les premiers grands festivals bretons, avait fait l'effet d'une bombe. De multiples prises de position avaient condamné le projet. Les grands défilés s'étaient retrouvés derrière une banderole proclamant « Défendre les pratiques amateurs, c'est assurer une culture vivante », une pétition avait recueilli des milliers de signatures. La pression n'avait cessé de monter dans la perspective d'une manifestation régionale à Nantes le 20 septembre de cette année-là. Cinq jours avant, la ministre de la Culture de l'époque, Christine Albanel, avait annoncé le retrait du projet de loi. 5.000 personnes n'en avaient pas moins participé à la « Festimanif » maintenue. « Aujourd'hui, on nous ressort ce projet du placard. La Bretagne a déjà assez de problèmes économiques. On nous a rajouté l'écotaxe et maintenant on vient toucher à la culture populaire ». Un nouvel avis de tempête en perspective pour Kevre Breizh.

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